Traduire un jeu vidéo : un dur combat !

Traduire un jeu vidéo est une enrichissante expérience de localisation. C’est un véritable travail de funambule provoquant parfois quelques ratés.

En tant que traducteur professionnel, traduire un jeu vidéo est une enrichissante expérience de localisation. En effet, cette expérience requiert bien plus de flexibilité, d’intuition, d’organisation et une bonne maîtrise du public cible que tout autre travail puisqu’il s’agit de traduire des instructions, des phrases courtes, des segments sans contexte d’un logiciel aux spécificités linguistiques, culturelles et techniques du marché cible, et faire de notre mieux pour donner l’impression que le jeu a été créé directement pour les ados et adulescents d’un pays donné sans qu’ils ne se rendent compte que le jeu existe en 23 langues. La localisation de jeux vidéo est un véritable travail de funambule qui provoque parfois quelques ratés dans le contenu du jeu, les dialogues, les menus, en passant par les didacticiels. N’oubliez pas que notre petit joueur doit pouvoir jouer dans les meilleures conditions, apprécier le scénario (quand il y en a un) et l’univers du jeu (il y en a toujours au moins un peu).

DES VARIABLES SPÉCIFIQUES

Comme tout service de traduction, les absurdités liées au manque de contexte peuvent être évitées avec  une documentation détaillée. Quand on doit traduire un jeu vidéo, les segments à traduire étant disparates et isolés, avec des codes intouchables, la documentation supplémentaire est la bienvenue pour avoir un minimum de contexte. De plus, il faut faire très attention à certains points sociolinguistiques (les unités de mesure, les contresens, les formats numériques, le format des adresses, le format des dates et des heures), au niveau technique (les formats des fenêtres, les polices, la sélection de polices par défaut, les différences de casse, les jeux de caractères, le tri) ainsi qu’au niveau légal (le lexique juridique en vigueur dans chaque pays, les modes de paiement, la conversion des devises et les taxes), surtout en ce qui concerne  le marche français métropolitain et le marché canadien francophone, si différent. En résumé, le texte doit être compris et doit rentrer dans les cases.

LE DÉVELOPPEUR DE JEU, UN CAUCHEMAR!

Une communication permanente  avec un référent de votre jeu vidéo à traduire est primordiale, et ce au delà de la simple consultation sémantique : loi du marché oblige, la plupart des jeux vidéos sont de nos jours soumis  à traduction dès les premières phases de construction (durant la version bêta pour les experts) afin de permettre la sortie simultanée de ce dernier en plusieurs langues, avec son lot de retouche, de tests et de modifications de dernière minutes. Et c’est bien là où tout se complique! En plus de la pression de livraison, le traducteur de jeux vidéo doit rester attentif aux comptes rendus des réguliers et nombreux tests de l’interface utilisateur par les concepteurs du jeu. Nombreux seront les bugs, les phrases et les mots qui ne correspondent pas à ce qu’il y a à l’écran, les mauvais choix pour certains termes ambigus et le manque d’occurrence (je vous répète, il est important de connaitre le contexte, l’atmosphère du jeu). Les testeurs interface vous demanderont gentiment (et gratuitement) de retoucher certains segments, de reformuler cette consigne, bref, de faire plus court avec un nouveau code. Un travail de titan incontournable qui correspond à la phase finale de réglage que je nommerai “cauchemardesque” puisque presque tout est à redimensionner… Je vous avais prévenu : traduire un jeu vidéo n’est pas aussi aisé qu’une traduction d’un conte de Grimm!

LE PATCH DE TRADUCTION

Le patching, qu’est-ce que c’est? C’est un fichier idiomatique existant pour la plupart des jeux vidéos. Les érudits n’y comprendront rien mais les joueurs en lignes connaissent très bien le “ patch de langue”, qui comprend un paquet “titres et écritures” et/ou un paquet “ voix” de votre langue de prédilection pour pouvoir jouer. Certains sites spécialisés vous proposent les titres et les écritures de votre jeu en une incroyable variété de langues. Les voix du jeu sont souvent également disponibles sur ces mêmes sites. Du coté du traducteur, seul le projet titre et écriture vous sera généralement confié, avec un bon outil de localisation. Pour les voix, les scripts audio vous seront communiqués dans un autre projet, sous fichier Excel, à remplir sans changer la mise en forme, et en utilisant un certain nombre de caractères pour certaines cellules et en prenant garde à ne pas supprimer les codes. En effet, les développeurs ont souvent leur propre personnel avec de jolies voix qui, une fois en possession de votre Excel traduitinsèrent en lieu et place du texte original les traductions. Avant cela, ou en parallèle, les acteurs enregistrent les phrases traduites pour doubler les personnages.

Mon conseil de traducteur : ne vous lancez pas dans l’aventure de traduire un jeu vidéo sans avoir eu un aperçu du jeu et sans posséder un outil de localisation de pointe, ce qui vous permettra de déjouer facilement les nombreux pièges du jeu vidéo grâce aux diverses fonctions de test automatique, une indispensable interface aux principales mémoires de traduction et la possibilité d’utiliser la plupart des formats Windows, ainsi que des fichiers texte et des formats balisés (XML, HTML).

Et bien sur, vous ne regarderez plus jamais un jeu vidéo comme avant !

Bonne année de traduction a tous !