Buenos Aires, au cœur de la Journée mondiale de la traduction

La Journée mondiale de la traduction a lieu chaque année le 30 septembre, jour de la Saint Jérôme, patron des traducteurs. Cette année, cette célébration organisée par la Fédération Internationale des traducteurs, était articulée autour du thème « Connecting worlds – Unisson les mondes ». La mission de cet événement, comme son nom l’indique, est d’attirer l’attention sur le rôle essentiel que jouent les traducteurs, interprètes et terminologues en termes de communication entre les individus dans divers domaines, allant de la médecine à la politique en passant par le secteur commercial et bien d’autres encore. À l’heure de la mondialisation, les linguistes assurent quotidiennement un échange de qualité entre les individus et il convient, dès lors, de leur rendre hommage.

Comme chaque année, les associations de traducteurs et interprètes du monde entier organisent leurs propres activités. En Allemagne, a eu lieu – entre autres – un débat sur la traduction de textes de théâtre animé par Marina Skalova et Yves Raeber au Sogar Theater de Zurich. Les Japonais, eux, ont proposé aux jeunes une initiation aux mangas et à la littérature pour la jeunesse. En France, l’ATLF est allée à la rencontre de traducteurs débutants, d’étudiants et du grand public pour discuter du métier de la traduction. Les Anglais, quant-à-eux, ont organisé des conférences sur des auteures féminines ou encore sur la traduction de jeux.

L’équipe de Cultures Connection, elle, se trouvait en Argentine, où elle a eu l’opportunité de participer à deux événements de taille. À Buenos Aires, l’AATI, l’Association Argentine des Traducteurs et Interprètes, a organisé divers ateliers et conférences – entre autres – lors du FILBA, le Festival International de la Littérature de Buenos Aires. Au travers de ces activités, l’Association a pour objectif d’augmenter la visibilité du métier de traducteur. Elle soutient également la diversité des langues et défendent les minorités linguistiques. Pour ce faire, elle a créé plusieurs projets actuellement en cours, notamment pour promouvoir les langues indigènes d’Argentine, comme le guarani, le qom, le mapuche ou le quechua. Grâce à ces programmes de promotion, cette association souhaite former de nouveaux traducteurs et interprètes pour permettre aux Argentins de s’exprimer dans leur langue locale et pas systématiquement en castillan.

L’autre objectif de l’AATI est de défendre les droits des traducteurs et interprètes, en leur fournissant une formation de qualité accessible à tous, en favorisant la reconnaissance de leur profession et en leur assurant une rémunération à la hauteur de leurs services. Grâce à ces diverses mesures, l’Association a vu une augmentation de 40% de ses membres ces dernières années.

Jeudi soir, Cultures Connections a eu l’opportunité d’assister à une conférence organisée par l’AATI dans les locaux du Centre Culturel de la Coopération « Floreal Gorini » de Buenos Aires. À cette occasion, trois spécialisations de la traduction ont été mises à l’honneur : la traduction espagnol-arménien, présentée par Silvia Kederian ; l’interprétation de la langue des signes, animée par Rosana Famularo ; et la traduction audiovisuelle, organisée par un groupe de jeunes diplômés en traduction.

Silvia Kederian, Arménienne née à Buenos Aires, nous présente non seulement son incroyable parcours mais surtout son récent voyage en Arménie, la terre de ses origines, sur laquelle elle met les pieds pour la première fois, avec son fils, cet été. Cette traductrice, et professeure, mondialement reconnue maîtrise à la perfection la langue arménienne, et son alphabet, mais elle connaît également les moindres détails de sa culture. L’arménien étant une langue minoritaire et peu connue internationalement, Silvia a été amenée à travailler comme interprète, sans avoir suivi de formation dans ce domaine, comme c’est le cas de bon nombre de professionnels à l’heure actuelle.

Durant son intervention, Silvia nous raconte des anecdotes de voyage, elle décrit un pays blessé mais culturellement riche et à l’identité inébranlable. Fière de ses origines, Silvia emporte l’audience dans un récit haut en couleurs et plein de rebondissements. Par exemple, saviez-vous que la république de Nagorno Karabaj est une enclave qui a pris son indépendance deux fois et dont 99,9% de la population est arménienne ? Aujourd’hui, il s’agit toujours d’une terre instable et en guerre. Mais l’Arménie est bien plus joyeuse que cela : cette terre a vu naître la Bible, d’ailleurs bon nombre de chrétien étudient aujourd’hui l’arménien pour se rapprocher le plus possible de la première interprétation de ce texte.
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Dans un autre registre et une présentation diamétralement opposée, Rosana Famularo nous présente les subtilités du travail d’interprète de la langue des signes, l’ILS. Elle nous précise que chaque pays dispose de son propre alphabet, créant ainsi une multiplicité de langages, dont celui qu’elle nous présente : l’interprétation argentine de la langue des signes, ILSA. Ce secteur d’activité est probablement l’un des plus larges et diversifiés au monde. En effet, si l’on tient compte de tous les handicaps différents – selon un degré plus ou moins intense de surdité, de mutisme ou de malvoyance – et la combinaison de langues avec des alphabets communautaires, nationaux ou internationaux, cela crée une combinaison infinie de spécialisations de l’interprétation. Tous les handicaps sont différents, il faut donc prendre chaque client au cas par cas et lui trouver un interprète adéquat, qui lui servira de guide.

Rosana en profite pour souligner le manque de visibilité de sa profession. En Argentine, la formation à l’interprétation de la langue des signes n’existe que depuis une dizaine d’années. Puisque chaque situation est unique, l’interprète travaille généralement pour une ou deux personnes à la fois, contrairement aux autres interprètes qui travaillent face à un large public. De cette façon, les organisateurs d’événements choisissent souvent de couper dans le budget interprétation de la langue des signes, d’où sa volonté de défendre les droits de ces professionnels et de sensibiliser à la profession.
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Cette série d’interventions s’est clôturée par celle du groupe « TAV » qui nous a initié aux subtilités de la traduction audiovisuelle. Même parmi le cercle des traducteurs, beaucoup ignorent les particularités et spécialisations du métier. Ces jeunes nous apprennent que la TAV va bien au-delà du sous-titrage, de l’audiodescription et du doublage. Au travers de divers projets, ils ont pour objectif, encore une fois, de promouvoir leur spécialisation, de rendre plus visible et compréhensible la traduction audiovisuelle. Par exemple, ils ont réalisé une grille tarifaire inédite pour expliquer aux clients la répartition des tâches entre divers professionnels (transcription, traduction, time coding, etc.). Ainsi, ils facilitent la compréhension de la complexité des taux imposés. En effet, les clients tentent fréquemment de négocier un prix à la baisse pour la traduction de leurs documents car ils ne comprennent pas les tarifs qui leurs sont proposés. Le groupe « TAV » planche également sur la réalisation d’un glossaire de l’espagnol « neutre », souvent requis par le client pour toucher un public plus large.
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Le vendredi, à l’Abbaye de Belgrano, toujours à Buenos Aires, a eu lieu un atelier de traduction de parties du texte Ein anderes Blau de Benjamin Stein, de l’allemand vers l’espagnol, dans le cadre du FILBA. Cet atelier, appelé « Clínica de traducción literaria del alemán al español » s’adressait à un public d’étudiants en traduction littéraire de l’allemand et des traducteurs de cette langue afin de proposer une réflexion critique sur le texte.

Martina Fernández Polcuch, coordinatrice de l’atelier, a choisi de travailler sur Ein anderes Blau parce qu’elle apprécie particulièrement la pluralité des voix dans le texte, sa poésie en prose, dont certains segments sont fortement marqués par la rythmique, la musicalité et le langage figuré. De plus, comme le texte est peu narratif et relativement abstrait, il était plus facile de le diviser en segments à faire traduire par diverses personnes sans ôter leur sens.
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En prévision de l’atelier, dix étudiants avaient traduit cinq parties du texte de Stein, sur lequel ils ont planché toute la matinée. Les étudiants ont eu l’occasion d’échanger leurs doutes et commentaires avec l’auteur. Par groupes de deux, les étudiants ont lu et commenté les traductions d’autres étudiants de façon anonyme. Lors de la mise en commun, ils se sont rendu compte que chaque terme utilisé dans le texte était lourd de sens et qu’il était nécessaire de respecter les connotations et intentions avancées par l’auteur. Les difficultés les plus souvent soulignées sont l’intraduisibilité de certains termes allemands vers l’espagnol, la difficulté de transmettre les effets de musicalité du texte, celui-ci étant abstrait et le détachement des aspects grammaticaux pour ne transmettre que les émotions. Le style de Stein a notamment été comparé à celui d’Alfred Hitchcock. Ensuite, les étudiants ont pu discuter de leurs interprétations personnelles du texte.

Enfin, Benjamin Stein a communiqué aux organisatrices qu’il avait été surpris par la profondeur de l’analyse de son texte par les traducteurs présents lors de l’activité. Il a ensuite salué le travail d’analyse minutieux des traducteurs, qui ont fait de Ein anderes Blau sa production personnelle préférée.

All photos displayed in this article are submitted to copyright, ©Lara Sini.

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