Mathilde Ramadier : aux premières loges des Panama Papers

Alors qu’Edward Snowden est bloqué à Moscou et qu’Antoine Deltour – le lanceur d’alerte des LuxLeaks- se bat toujours avec la justice pour avoir dénoncé les accords fiscaux frauduleux entre les multinationales et les autorités fiscales au Luxembourg, « John Doe » a pris le risque de dévoiler les pratiques criminelles des cabinets d’avocats Mossack Fonseca. Avec l’aide précieuse de Bastian Obermayer et Frederik Obermaier, journalistes à la  Süddeutsche Zeitung, ils ont mobilisés la presse du monde entier pour mettre en lumière cette corruption massive qui détruit nos sociétés tout en protégeant l’anonymat de ce gardien de la démocratie.

Passionnée par le journalisme d’investigation, Mathilde Ramadier a décortiqué les liens qu’il existe entre ces sociétés écrans et des chefs d’Etat, des banques, des grosses fortunes ou encore des trafiquants, et a permis au public francophone de se plonger au cœur de l’enquête des Panama Papers. Etant un sujet d’actualité brûlant, c’est dans le rush que cette vingtenaire a traduit « Le secret le mieux gardé du monde. Le roman vrai des Panama Papers », paru le 5 avril 2016 en allemand et publié en français le 16 juin dernier.

Cette jeune femme cosmopolite – connue pour ses talents d’auteure, scénariste de bande dessinée et traductrice – est, entre autres, la co-auteure de la bande dessinée « Berlin 2.0» et la traductrice du roman graphique « Vita Obscura » de Simon Schwartz. Dans cette interview, elle nous explique comment elle a procédé pour traduire l’une des enquêtes les plus marquantes du journalisme d’investigation.

Vous êtes auteure, scénariste de bande dessinée et traductrice, pourquoi avez-vous décidé de vous tourner vers la traduction ?

La traduction est arrivée vers moi par le biais de l’amour des langues. Malheureusement, je pense que je n’accèderai jamais à la capacité de pouvoir écrire mes livres en langue étrangère car je pense que ça, c’est le travail de toute une vie. Et puis, je ne pense pas avoir cette force. Par contre, le travail de traduction, je sens qu’il enrichit mon travail d’auteure parce qu’il enrichit ma langue française et ma compréhension des textes. Ça me permet aussi de lire de plus en plus l’anglais et l’allemand.

Comment avez-vous été amenée à traduire l’enquête journalistique de Bastian Obermaier et Frederik Obermayer sur l’affaire des Panama Papers ?

En fait, les éditions du Seuil avaient déjà mes coordonnés parce que j’ai d’autres projets de livres en cours chez elles. Donc, elles m’ont contacté directement. J’ai eu beaucoup de chance.

A quelles difficultés avez-vous été confrontée ?

La difficulté majeure, c’était le rythme et les conditions imposées par l’éditeur. Les Panama Papers étant, à cette époque-là de l’année, un sujet bouillant, il ne voulait pas attendre pour le publier donc les délais étaient très courts. J’ai travaillé presque jour et nuit ce mois-là.

La deuxième difficulté était d’assimiler le vocabulaire économique. Ce livre est voué à être lu par les gens qui s’intéressent à l’affaire mais qui n’ont pas forcément de bagage économique. Il a donc fallu que je me plonge dans un premier temps dans la presse française pour voir comment ce vocabulaire avait été incorporé dans la presse grand public.

Par contre c’était la première fois que je me laissais porter par cette excitation de découvrir un document. Evidemment, chaque traduction est réjouissante pour un traducteur parce qu’on est le premier à accéder à un texte et à l’apporter à un nouveau lectorat dans une nouvelle langue mais avec ce texte-là, il y avait en plus l’excitation de découvrir un contenu inédit et scandaleux. Je ne cache pas que j’ai fait quelques cauchemars la nuit parce que, quand on passe ses journées avec des gens aussi agréables que Kadhafi et compagnie, c’est un peu stressant.

Toutes les affaires abordées dans ce livre sont lourdes de conséquences pour les personnes mises en cause, comment avez-vous procédé pour traduire des sujets aussi sensibles ?

Pour chaque affaire et pour chaque chapitre, j’ai en parallèle consulté la presse allemande et la presse française. C’est-à-dire que dès que j’avais le moindre doute, je vérifiais les informations. Alors, certaines étaient tellement inédites qu’elles n’étaient présentes que dans l’ouvrage. Dans ces cas-là, je travaillais avec mon compagnon qui, dans d’autres situations, est mon co-traducteur. Il a attentivement relu les textes avec moi et vérifié ces choses-là. L’éditrice a également joué un rôle primordial en relisant de façon presque instantanée mon travail. Et enfin, le service juridique aux éditions du Seuil s’est occupé de repasser en dernier sur la traduction pour vérifier les aspects juridiques. Il y a par exemple eu tout un chapitre sur l’espion allemand qui posait des problèmes juridiques conséquents et vu qu’il était sorti depuis 2-3 mois en Allemagne, les éditions du Seuil étaient en contact avec les éditeurs allemands pour se tenir au courant des mises à jour juridiques qu’il y avait eu après la sortie du bouquin. Finalement, il n’y a pas eu de procès, mais c’était intéressant d’être confrontée à ça. J’aurais aimé avoir deux ou trois mois pour faire cette traduction pour avoir un rendu qui soit encore de meilleure qualité mais c’était un sujet d’actualité brûlant et l’éditeur ne pouvait pas attendre. Le livre est donc sorti le 16 juin, juste avant l’été.

Allez-vous continuer à exercer la traduction journalistique ?

En ce moment, je suis bien occupée puisque j’ai trois livres qui sortent en début d’année dans trois domaines assez différents et j’en prépare deux autres qui paraîtront en 2017 mais j’adorerais continuer la traduction. Et, j’ai particulièrement envie de retraduire des documents militants et engagés comme celui des Panama Papers et d’être saisie par cette excitation, cette impression d’apporter un document qui pousse à réfléchir. C’est peut-être plus ça qui m’intéresse à l’heure actuelle que la traduction littéraire.

Quel auteur est ce que vous rêveriez de traduire et pourquoi ?

Je n’ai pas de nom qui me vient comme ça en tête mais j’aimerai traduire d’autres enquêtes de journalistes. Peut-être que d’ici 10 ans, je me lancerai dans la traduction littéraire mais, pour l’instant, je n’écris pas de fiction et je n’ai pas l’impression d’avoir les armes pour le faire. Je pense qu’il y a des gens bien plus qualifiés que moi pour ça !

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