Histoires de traducteurs : Mark Twain

Mark Twain, de son vrai nom Samuel Langhorne Clemens, n’est certes pas passé à la postérité pour son travail de traducteur. L’auteur de The Adventures of Tom Sawyer (1876) et Adventures of Huckleberry Finn est bien plutôt un des grands écrivains et humoristes des Etats-Unis. Cependant, une petite expérience qu’il mena autour de sa nouvelle The Celebrated Jumping Frog of Calaveras County vaut sans doute la peine d’être mentionnée dans le cadre de le blog de notre agence de traduction.

Une grenouille célébrée

Car la traduction la plus célèbre associée au nom de Mark Twain n’est pas l’une des très nombreuses effectuées afin de diffuser ses œuvres dans le monde entier (pas plus qu’une traduction commerciale), mais bien plutôt une traduction qu’il réalisa lui-même d’un de ses propres textes traduit en français. Le texte original est une nouvelle intitulée The Celebrated Jumping Frog of Calaveras County, publiée en 1865. Il s’agit là du premier grand succès d’écrivain de Twain, qui lui permit d’attirer l’attention à l’échelle nationale.

Une grenouille au pays des grenouilles

Bien des années plus tard, Mark Twain tomba sur un article publié dans la Revue des deux mondes sur les humoristes américains. L’auteur de l’article y faisait l’éloge des écrits de Twain mais expliquait qu’il ne comprenait pas ce qu’il y avait de si incroyablement drôle dans ses textes. Pour démontrer son point de vue, il donnait une traduction de la nouvelle en question. Une traduction si mauvaise qu’elle provoqua l’indignation de l’auteur, qui entreprit, pour se défendre, de la retraduire en anglais.

Une grenouille retraduite

C’est du moins ce que Twain Twain dans l’introduction à la nouvelle édition de cette nouvelle, intitulée cette fois The Jumping Frog: in English, then in French, and then Clawed Back into a Civilized Language Once More by Patient, Unremunerated Toil. Certains ont vu dans ce texte une critique de ce que les anglophones appellent « back-translation »(la re-traduction vers la langue d’origine), d’autres un cri d’alarme quant aux difficultés de la traduction. C’est plus probablement une tentative humoristique pour se venger d’un critique ignorant… On s’apercevra, à la lecture de l’incipit ci-dessous, que Twain ne fait pas ici dans la traduction technique ou dans la traduction financière : il retraduit bien plutôt mot par mot, respectant jusqu’à la syntaxe du français, avec une mauvaise foi aussi drôle qu’évidente…

Texte original :

There was a feller here once by the name of Jim Smiley, in the winter of ’49 or may be it was the spring of ’50 I don’t recollect exactly, somehow, though what makes me think it was one or the other is because I remember the big flume wasn’t finished when he first came to the camp; but any way, he was the curiosest man about always betting on any thing that turned up you ever see, if he could get any body to bet on the other side; and if he couldn’t, he’d change sides. Any way that suited the other man would suit him any way just so’s he got a bet, he was satisfied. But still he was lucky, uncommon lucky; he most always come out winner.

Texte traduit en français:

Il y avait une fois ici un individu connu sous le nom de Jim Smiley: c’était dans l’hiver de 49, peut-être bien au printemps de 50, je ne me rappelle pas exactement. Ce qui me fait croire que c’était l’un ou l’autre, c’est que je me souviens que le grand bief n’était pas achevé lorsqu’il arriva au camp pour la première fois, mais de toutes façons il était l’homme le plus friand de paris qui se put voir, pariant sur tout ce qui se présentait, quand il pouvait trouver un adversaire, et, quand il n’en trouvait pas, il passait du côté opposé. Tout ce qui convenait à l’autre lui convenait; pourvu qu’il eut un pari, Smiley était satisfait. Et il avait une chance! une chance inouïe: presque toujours il gagnait.

Texte retraduit à l’anglais par Mark Twain :

It there was one time here an individual known under the name of Jim Smiley; it was in the winter of ’49, possibly well at the spring of ‘50, I no me recollect not exactly. This which me makes to believe that it was the one or the other, it is that I shall remember that the grand flume is not achieved when he arrives at the camp for the first time, but of all sides he was the man the most fond of to bet which one have seen, betting upon all that which is presented, when he could find an adversary; and when he not of it could not, he passed to the side opposed. All that which convenienced to the other to him convenienced also; seeing that he had a bet Smiley was satisfied. And he had a chance! a chance even worthless; nearly always he gained.

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