Histoires de traductions : le traité de Qadesh

Le plus ancien traité de paix du monde est aussi une des plus anciennes traductions connues : un joli symbole…

Le plus ancien traité de paix du monde est aussi une des plus anciennes traductions connues : c’est un joli symbole et c’est aussi le sujet de l’article d’aujourd’hui.

Le contexte : l’émergence des Hittites

Tout au long du IIe millénaire av. J. C. la puissance des Hittites en Asie Mineure et au Levant n’a cessé de croître. Si bien qu’au XVIe siècle, ce peuple d’Anatolie surpasse Babylone et devient un concurrent sérieux pour l’Egypte dans la région. Cependant ni Akhenaton ni Toutankhamon ne s’en inquiètent. Horemheb et Seti Ier réagiront aux incursions des Hittites dans les territoires égyptiens de l’actuelle Syrie, mais sans pouvoir apporter une solution définitive au problème. C’est Ramsès II qui devra s’en charger : en 1247, il mène 20’000 hommes au combat. Son objectif : reprendre la ville de Qadesh et briser la force de l’armée Hittite.

La bataille que les deux camps ont gagnée

Mais l’anxiété de Ramsès lui jouera un vilain tour : trop confiant, il conduit sa division à un tel train qu’il distance les trois autres corps d’armée qui l’accompagnaient. Trompé par des faux-bédouins placés sur sa route par l’empereur Hittite Muwatalli, Ramsès tombe dans un guet-apens et doit lutter seul contre l’armée Hittite. C’est la division Ptah qui arrivera finalement à la rescousse pour sortir le Pharaon de ce mauvais pas et lui permettre de pousser l’armée Hittite vers le fleuve Oronte. Le marketing du pouvoir étant (déjà au XIIIe siècle av. J. C.) ce qu’il est, Ramsès et Muwatalli font de cette bataille une victoire : Muwatalli a défendu victorieusement Qadesh et Ramsès a vaincu les troupes Hittites. Mais ni l’un ni l’autre n’a vraiment pu atteindre son objectif : reprendre Qadesh pour Ramsès et défaire l’armée égyptienne pour Muwatalli.

Un cas de match nul, un bon traité de paix

Le plus sage à faire en cas de match nul ? Signer un traité de paix. Le traité de Qadesh, signé entre Ramsès et Hattusili, successeur de Muwatalli, est ainsi le plus ancien traité de paix connu. Il est structuré de manière presque totalement symétrique, les deux parties s’engageant mutuellement « pour établir une bonne paix et une bonne fraternité entre eux ». Les différents articles du traité prévoient qu’aucune hostilité ne sera entreprise entre les deux nations, que les réfugiés politiques et les criminels seront rapatriés ainsi qu’une entraide en cas de rébellion ou de menace extérieure.

Une traduction vieille de plus de trois mille ans

En plus d’être le premier traité de paix connu, le traité de Qadesh est également une des premières traductions connues : il en existe une version hittite, gravée en accadien (la langue de la diplomatie de l’époque) sur une tablette de terre, et une version égyptienne, gravée en hiéroglyphes sur une stèle du temple de Karnak. Mais l’agence de traduction mandatée ne fait pas dans la traduction littérale. Le préambule, par exemple, reste vague dans sa version hittite (« De toute éternité le dieu ne permet pas les hostilités entre l’Egypte et le Hatti »), tandis que la version égyptienne, rédigée de manière plus précise et directe, fait clairement référence à une guerre.

Cette traduction vieille de trente-trois siècles n’est donc pas une traduction médicale ou une traduction financière, mais une traduction diplomatique : la traducteur comme artisan de la paix internationale, un bel apostolat…

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