Histoires de traducteurs : Jean-François Champollion

La traduction, chaque traducteur le sait, est une tâche glorieuse. Que dire alors du fait de traduire une langue pour la première fois ? C’est en tout cas le meilleur moyen qu’on donne votre nom aux lycées de Grenoble, de Dijon, de Figeac, de Lattes, à l’Université d’Albi et à un cratère sur la lune…

Une vie destinée aux vieilles choses

Est-ce que le fait de naître d’une mère âgée prédispose à un goût pour les choses anciennes ? La question se pose dans le cas de Champollion, qui voit le jour en 1790 alors que sa mère a 48 ans et qui se passionne très tôt pour l’archéologie. Né à Figeac, il part en 1801 pour rejoindre son frère à Grenoble, puis en 1807 il monte à Paris pour poursuivre ses études en latin, grec ancien, hébreux, arabe, syriaque, chaldéen, persan et copte (parce que prendre des cours d’anglais ou des cours d’espagnol, ç’aurait été trop simple).

Et si je déchiffrais les hiéroglyphes ?

C’est en 1808 que Champollion a pour la première fois l’idée d’étudier les hiéroglyphes pour tenter de les déchiffrer. Un certain Alexandre Lenoir vient en effet d’en publier un déchiffrement aussi complet que fantasque, et la curiosité de Jean-François est piquée au vif. Sa curiosité mais aussi son caractère compétitif : Etienne Quatremère travaille à ses Recherches critiques et historiques sur la langue égyptienne… Une agence de traduction historique pour en concurrencer une autre, en quelque sorte.

Les différentes écritures égyptiennes (pour corser l’affaire)

Mais sa tâche de traducteur n’est pas simple. Outre les différents dialectes coptes qu’il considère comme issus de l’égyptien, il doit également étudier trois systèmes de signes différents : les hiéroglyphes, bien sûr, mais aussi les écritures hiératiques (forme cursive dérivée des hiéroglyphes) et démotiques (évolution des caractères hiératiques destinée à rendre l’écriture encore plus rapide).

La pierre de Rosette, ma meilleure amie

En 1809 il commence à étudier la pierre de Rosette, cette stèle gravée sous Ptolémée V, en -196 et qui contient un décret en deux langues (grec ancien et égyptien ancien) et trois écritures (hiéroglyphes, démotique et alphabet grec). Mais ce n’est qu’en 1821 qu’il déchiffre ses premiers cartouches royaux. En 1822, il se sait capable de déchiffrer les noms propres égyptiens : selon la légende, il aurait alors dit « je tiens mon affaire » avant de tomber dans un coma de plusieurs jours…

Les hiéroglyphes, ces petits coquins

Cette année-là, il décrit les hiéroglyphes comme « un système complexe, une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans un même mot ». Les générations suivantes d’égyptologues distingueront trois catégories de signes : les signes-mots (ou idéogrammes, désignant un objet ou, par métonymie, une action), les signes phonétiques (ou phonogrammes, correspondant à une ou plusieurs consonnes) et les déterminatifs (indiquant le champ lexical d’un mot).

Le papa de l’égyptologie

C’est en 1824 que Champollion publie son Précis du système hiéroglyphique des anciens Egyptiens, ou Recherches sur les éléments premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennes, signant par là-même la création d’une nouvelle discipline : l’égyptologie.

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