Erreurs de traduction : des mots qui changent l’histoire

Les erreurs de traduction peuvent-elles changer l’histoire ? Des exemples concrets nous montrent l’impact des mots sur le cours de l’histoire.

Un cas récent d’erreurs de traduction à l’UE, rapporté par le magazine Les Inrockuptibles, rappelle la difficulté « d’interpréter » une langue et de la traduire et les conséquences parfois fâcheuses que cela peut avoir dans le domaine de la politique ou des conflits internationaux.

On connaît les interprétations erronées des textes bibliques, les fautes d’inattention dans la traduction de certains romans -lettre française au lieu de capote anglaise/préservatif (french letter)] ; « mouche éventrée » au lieu d’une braguette ouverte (an open fly), pour continuer sur la même lancée- mais l’on connaît moins les erreurs de traduction commises par les traducteurs travaillant pour des organismes internationaux ou lors de négociations intergouvernementales et qui ont des conséquences parfois fâcheuses sur la suite des événements.

Dans le cas décrit par l’article des Inrockuptibles, il s’agit du vote du 10 décembre 2013 du rapport préparé par une députée portugaise sur un projet visant à faire de l’avortement “un droit européen”. L’erreur de traduction du portugais au français et à l’allemand s’est centrée sur le mot « rejeitar » qui a été traduit « appuyer » au lieu de  « voter contre ». « Pour des raisons pratiques, l’Union européenne a décidé de désigner cinq interprètes principaux : l’anglais, le français, l’espagnol, l’allemand et l’italien. Ils servent de référents aux autres, qui traduisent en différé. De ce fait, tous les interprètes branchés sur les canaux Français et Allemands ont été induits en erreur, répétant le contresens à leur tour. Les députés Roumains et Bulgares font par exemple partie de ces victimes par ricochet », explique plus en détail le journaliste Basile Lemaire.

Parmi les erreurs de traduction historique qui ont trait à des conflits internationaux, l’une des plus connues concerne la capitulation inconditionnelle du Japon. Le professeur Jean Delisle de l’université d’Ottawa l’évoque dans ses travaux : « Dans son ouvrage The Fall of Japan, William Craig écrit qu’à l’issue de la Conférence de Potsdam, en juillet 1945, les Alliés adressèrent un ultimatum au premier ministre japonais. Ils exigeaient la capitulation inconditionnelle du Japon. À Tokyo, les journalistes pressèrent le premier ministre Kantaro Suzuki de leur communiquer la réaction des autorités. Celui-ci leur répondit que son gouvernement ‘s’abstenait de tout commentaire pour le moment’. Dans sa déclaration, il utilisa le mot mokusatsu, très polysémique. Les agences de presse japonaises et les traducteurs lui donnèrent le sens de ‘traiter avec un mépris silencieux’, ‘ne pas tenir compte’ (to ignore), ce qui faisait dire en substance au premier ministre : ‘Nous rejetons catégoriquement votre ultimatum’. Les Américains y virent une fin de non-recevoir. Dix jours plus tard, ils larguaient leur bombe meurtrière sur la ville japonaise ».

Plus récemment, un cas remarquable d’erreurs de traduction a  prolongé d’un mois la guerre en Georgie. Interrogé en 2008 sur les raisons du non respect de l’accord de cessez-le-feu par les Russes dans lequel la France jouait le rôle de négociateur, Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères, avait expliqué, le plus simplement du monde, qu’une erreur de traduction s’était glissée dans la version russe de l’accord…

De là à en conclure que les traducteurs ont un rôle historique seulement quand ils se trompent…

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